| | | Relations entre l'Etat et TEPCO | |
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| Auteur | Message |
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Pierre Acrobate

 | Sujet: Re: Relations entre l'Etat et TEPCO Mar 26 Avr 2011 - 21:47 | |
| Bonsoir à tous, je reprends le collier, après une semaine au vert (ah ces fonctionnaires feignants  ) , et me permet de vous faire suivre ces infos, qui confirment ce que je soupçonnais depuis quelques temps sur les rapports entre le gouvernement japonais et Tepco (et au passage ça me permet de répondre à une remarque de mon homonyme Berger...): en langage général http://www.japantoday.com/category/national/view/govt-to-help-tepco-pay-for-damages-if-survival-at-risk et pour les détails techniques http://e.nikkei.com/e/fr/tnks/Nni20110421D20JFA10.htm et http://www.asianewsnet.net/home/news.php?id=18079 pour traduire, tout le monde ne parlant pas le boursier: - le gouvernement japonais a décidé de ne pas faire jouer une clause de sauvegarde dans la loi japonaise régissant les opérateurs du nucléaire, clause qui précise spécifiquement qu'en cas de catastrophe naturelle exceptionnelle les compensations restent à la charge du gouvernement. - ledit gouvernement est cependant décidé à sauvegarder la santé financière de Tepco comme compagnie indépendante, et va donc mettre en place un organisme du type de celui qui a géré la dette du Crédit Lyonnais, le CDR pour ceux qui s'en souviennent. Je pense que la communauté RPC a tout intérêt à commencer à réfléchir à ce genre de questions, parce qu'elle est très directement concernée à mon avis. Je m'explique. Pour commencer par le commencement, la clause de sauvegarde était prévue pour protéger les opérateurs privés contre des événements exceptionnels, et elle n'est pas appliquée. Pourquoi? Je n'en sais rien, mais je soupçonne qu'une partie du problème est que la clause était rédigée de façon à exonérer totalement l'opérateur de toute responsabilité dans la gestion des compensations, et du coup aussi par implication dans la gestion des suites de l'accident, sans doute à la plus grande satisfaction desdits opérateurs, que ça m'étonnerait pas autrement qu'ils aient tenu la plume. Sauf que l'Etat japonais, mis au pied du mur, a refusé le bébé, peut-être pour des raisons politiques, mais sans doute aussi pour des raisons bêtement pratiques: peut-être bien qu'il est incapable de le gérer! La leçon ici, c'est qu'un système qui subordonne trop l'action de l'Etat aux intérêts de l'industrie privée nucléaire est doublement dangereux. Dangereux d'abord parce que l'Etat en question prend l'habitude de ne pas s'en mêler, et se trouve du coup incapable de faire face le jour où même l'opérateur voudrait le voir intervenir. Avec un Etat plus interventionniste, la clause de sauvegarde aurait été moins favorable et aurait laissé la porte ouverte à d'éventuelles sanctions compensatoires permettant de ne pas laisser Tepco libre de tout engagement, et donc la clause aurait pu être appliquée plus facilement, d'autant que les capacités de l'administration à réagir en-dehors de Tepco auraient été plus importantes, et il y aurait eu moins d'hésitation à prendre le contrôle dès le début, envoyer l'armée, etc. Dangereux ensuite, et ça on le savait déjà, parce qu'en abdiquant une partie au moins de sa fonction de contrôle, l'Etat affaiblit gravement l'incitation à la sécurité. C'est comme pour les banques, si on ne risque rien en cas de bêtise, rien n'incite à ne pas faire de bêtise. Et Dieu sait que Tepco a fait des bêtises! Deuxio, l'Etat refuse de remettre en cause le statut d'entreprise privée de Tepco, et veut que celle-ci continue comme avant. Bon, là ça n'est pas propre au nucléaire, c'est une évolution globale qui touche les banques (bis), les firmes automobiles, etc. "Too big to fail"... Mais à partir du moment où les procédures permettant vraiment au gouvernement de se substituer à l'opérateur en cas de gros pépin ne sont pas en place, une telle décision revient à faire virer le Titanic droit sur l'iceberg en appuyant sur le champignon. On ne peut pas à la fois permettre aux opérateurs de s'exonérer des risques dans certaines circonstances en les faisant échapper de par la loi aux éventuelles sanctions de marché, et en même temps vouloir que ce soit eux qui prennent en charge en toute autonomie la gestion de ces mêmes risques et de leurs suites à partir d'une structure qui continue à être soumise aux sanctions de marché. Enfin, si, on peut, mais après on peut aussi s'attendre à terminer dans le monde des Shadoks. Tepco, ainsi laissée à elle-même, réagit en grande firme: écraser le coup, limiter la dépense, filtrer au max l'information, gérer au moins cher et au plus discret. Et le gouvernement japonais, bien obligé de rester sur le banc de touche, couine et grommelle, mais dans l'impuissance la plus totale puisqu'il se refuse à se substituer à Tepco. Laurel et Hardy, en somme. L'élément fondamental dans toute cette histoire, je trouve, c'est l'apparente absence de procédure et de moyens permettant à l'Etat japonais de se substituer rapidement, sans trop de douleur, et de sa propre initiative, à Tepco, et de tout régenter. Je ne vois qu'une explication: ces procédures et ces moyens n'existent pas. S'il s'agissait seulement d'une question de gros sous, ne pas exonérer Tepco permettait justement de la coller en faillite, avec nationalisation puis revente à la clé, ça ne coûterait probablement pas plus cher au contribuable que le plan actuel. Ou alors, c'est que le gouvernement japonais n'a qu'une idée en tête, sauvegarder l'investissement des actionnaires de Tepco et le salaire de ses cadres, et est prêt à faire crever toute l'île plutôt que d'y toucher. Mais pourquoi ne pas appliquer la clause de sauvegarde, à ce moment-là? Pour conclure: pour faire face efficacement à une centrale nucléaire qui pète, pour ne pas parler en termes trop techniques, soit on accepte des organes étatiques à même de se substituer aux opérateurs de A à Z en pratique, en vrai et tout, ce qui revient à faire de ces organes des gros machins puissants, et de ces opérateurs des agents semi-publics étroitement subordonnés, soit on soumet ces mêmes opérateurs entièrement et totalement aux lois du marché, avec responsabilité illimitée potentielle en cas de faute, etc., de façon à les contraindre à s'organiser pour faire face efficacement le cas échéant. On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre, des lois qui protègent et encadrent, et une autonomie opérationnelle totale. Du moins c'est mon impression, et je suis curieux de savoir ce que le RPC en pense, à son bout du bâton à lui. P Un petit PS: oui, c'est vrai, le contrat d'assurance moyen exonère en cas de catastrophe naturelle. Mais c'est justement parce que la couverture moyenne obtenue via le marché normal des assurances est insuffisante pour certaines activités que celles-ci sont encadrées par l'Etat. Une industrie à hauts risques entièrement autonome vis-à-vis de l'Etat du point de vue de son environnement institutionnel et technique, c'est une chimère à mon avis. Malheureusement les inventeurs de la RGPP (à vos Google!) et autres technocrates fous de Bercy et d'ailleurs m'ont tout l'air d'avoir inventé leur propre version du beurre avec l'argent du beurre, à savoir le contrôle tout-puissant en théorie, mais largement privé de moyens en pratique. C'est pas si loin du contrôle impuissant avec peu de moyens des japonais... Et un PPS: le raisonnement ci-dessus me conduit à grimacer quand je lis le plan EDF de réponse rapide, tout simplement parce qu'il vient d'EDF (et non, ça n'est parce que j'ai une haine particulière des ingénieurs EDF). Franchement, j'aimerais autant que ça vienne des préfectures, pas d'EDF ni d'AREVA... |
|  | | Pierre Berger Ventriloque


 | Sujet: Re: Relations entre l'Etat et TEPCO Mar 26 Avr 2011 - 23:48 | |
| Je pense qu'il vaudrait mieux déplacer (ou plutôt recopier avec un lien) ce post dans un nouveau sujet, parce que c'est un point de départ fort intéressant pour une discussion mais que ça déborde largement du cadre d'une simple information.
Ca m'évoque assez bien Tintin au pays des Soviets, cette affaire : pour que tout se tienne, il faut que tout le monde ait vu de ses yeux vu les usines tourner. Mais le jour où il faut faire plus que brûler de la paille dans des tuyaux et cogner sur des plaques de tôle...
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|  | | Niko Contorsionniste


 | Sujet: Re: Relations entre l'Etat et TEPCO Mer 27 Avr 2011 - 8:45 | |
| Merci de ton analyse Pierre! Si tu veut ouvrir un nouveau sujet comme te le sugere Pierre Berger ne t'en prive pas  _________________  |
|  | | Invité Invité
 | Sujet: Relations entre l'Etat et TEPCO Mer 27 Avr 2011 - 9:11 | |
| Bonjour,
@Pierre :
Le problème de la limitation financière de responsabilité des opérateurs en cas d'accident ne se limite pas qu'au Japon, ci-dessous quelques estimations à la louche :
- 100 Millions d'Euros en France pour le parc de 58 réacteurs soit 1000 Euros par personne pour 100.000 personnes évacuées (!)
- 35 Milliards d'Euros pour le parc de 17 réacteurs Allemands, toujours en pointe dans tous les domaines
- 375 Millions de Dollars par centrale aux États-Unis
Source Associated Press : http://www.google.com/hostednews/ap/article/ALeqM5h6m6Z-A7ZI8TAPBRy35Dlp_z8oiA
A comparer à l'estimation de 200 Milliards de Dollars du coût financier de l'accident de Tchernobyl : http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/heritage-sovietique/tchernobyl.shtml
Et en n'oubliant pas de songer qu'un accident plus étendu encore est toujours possible (estimation de dégâts maximum à 8000 Milliards d'Euros) !
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|  | | Scully Contorsionniste


 | Sujet: Re: Relations entre l'Etat et TEPCO Mer 27 Avr 2011 - 9:18 | |
| Fait !  Chers klowns, ce débat est fort intéressant et peut susciter les passions. Je rappelle juste que le Cirkus n'a pas vocation à faire de la politique. On garde le sourire et le nez rouge ! _________________ La vérité est ailleurs  |
|  | | KLOUG Fakir


 | Sujet: Re: Relations entre l'Etat et TEPCO Mer 27 Avr 2011 - 9:23 | |
| Bonjour Je vais dans le sens de Scully. On peut en faire une analyse économique mais la politique ce n'est pas notre rayon. KLOUG _________________ I'M STILL STANDING  |
|  | | Pierre Acrobate

 | Sujet: Re: Relations entre l'Etat et TEPCO Mer 27 Avr 2011 - 13:53 | |
| Merci des encouragements, je n'en demandais pas tant  . Juste une chose: une bonne façon d'éviter les dérapages "politiques", c'est de bien centrer le débat sur le lien entre gouvernance interne de la sécurité nucléaire, et gestion technique des inévitables interactions entre opérateurs et contrôleurs étatiques. C'était le sens de mon intervention (j'ai des idées plus générales, comme tout le monde, mais je me les garde  ). Et je ne reparlerai plus de Bercy, c'est promis. Mais bon, l'idée d'ouvrir un sujet me paraît effectivement défendable, parce que les choix organisationnels (et de structuration économique, mais les deux son généralement liés) ont des conséquences très directes sur la façon de s'y prendre, en particulier en cas d'accident. Exemple, le pilotage de l'accident Fukushima via Tepco seule, produit du rapport particulier entre opérateurs et Etat au Japon, et produisant en retour certaines conséquences inévitables, entre autres une forte limitation de la circulation de l'information (attention, ce n'est pas à proprement parler un reproche, juste une constatation: une entreprise privée n'a pas à avoir le même rapport à l'information qu'un service public, c'est comme ça et c'est tout...). Du coup le problème n'est pas tant le coût d'un accident, par exemple, que la façon de l'évaluer et de le répartir entre les différents intervenants. Là ce sont des dimensions purement économiques et légales qui entrent en jeu, mais l'économie et le droit c'est de la technique aussi, et de la technique qui peut avoir des conséquences importantes sur d'autres aspects et d'autres techniques. Par exemple, si l'Etat prend en charge l'intégralité du coût d'un accident, ça présente l'avantage d'inciter l'opérateur à être très ouvert et franc sur les problèmes, les contrôleurs à intervenir tout de suite, et l'Etat lui-même à s'outiller pour pouvoir répondre, puisqu'il y a intérêt. Mais ça présente l'inconvénient de ne pas inciter les opérateurs à être aussi pointilleux sur la sécurité qu'ils le devraient, et ça impose donc de mettre en place des procédures compensant cette absence d'incitation de marché; et en plus c'est compliqué dans un cadre légal comme celui actuel en Europe, dominé par le souhait de faire de la libre concurrence l'instance de contrôle essentielle en tous domaines. Bon, j'arrête: en tout cas s'il y a un REX (c'est comme ça qu'on dit?) à tirer de Fukushima, c'est que la solution japonaise (bureaucratie faible et divisée, opérateurs très autonomes) n'est pas satisfaisante. PG PS: en bonus, un organigramme dégotté dans un pdf (et que je voulais mettre dans le post mais j'ai pas encore compris comment faire...). L'organigramme en question traite uniquement de la gestion des déchets; je n'ai pas réussi à trouver l'équivalent pour la sécurité... Vous remarquerez aussi que la plupart de ces organismes n'ont pas de site internet accessible. http://i23.servimg.com/u/f23/16/43/16/56/numo_t10.jpg Je me demande si l'organigramme du système français aurait cette tête-là. Le lien où j'ai trouvé ça, via google (bureaucrates de tous les pays, apprenez à ne pas laisser traîner vos affaires!): http://www.numo.or.jp/en/publications/main.html J'ai pris le 2e rapport un peu au hasard... PG |
|  | | Pierre Berger Ventriloque


 | Sujet: Re: Relations entre l'Etat et TEPCO Mer 27 Avr 2011 - 18:50 | |
| C'est sûr que faire des réflexions politiques sur ce sujet me démange, mais bon, je vais essayer de rester sage.
Ce que je me demande, c'est où on en est du chiffrage de l'opération prévue par Tepco, ainsi que des mesures prises par le gouvernement japonais.
Pour être franc je trouve que la solution Tepco à l'air assez bon marché : pas de gros chantier en dehors de l'usine de décontamination d'Areva. Ca me semble bien modeste face au coût de déplacement des populations, sans parler de la perte nette de territoire. Tout ça étant, si j'ai bien compris, pris en charge par l'Etat. |
|  | | Scully Contorsionniste


 | Sujet: Re: Relations entre l'Etat et TEPCO Mer 27 Avr 2011 - 19:50 | |
| | Pierre Berger a écrit: | C'est sûr que faire des réflexions politiques sur ce sujet me démange, mais bon, je vais essayer de rester sage.
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Merci _________________ La vérité est ailleurs  |
|  | | Pierre Acrobate

 | Sujet: Re: Relations entre l'Etat et TEPCO Jeu 28 Avr 2011 - 21:26 | |
| Bonsoir à tous Je continue à chercher des données financières suite à la question de PB, mais il va visiblement falloir que j'apprenne le japonais. Ca risque de pas être fait d'ici ce week-end, chuis vraiment nul  . En attendant, un article du NY Times, référencé sur le blog de Dominique Leglu (oui, je sais...); je suis pas tout-à-fait seul à penser que le problème avec Fukushima dépasse la RP, et met en jeu la gouvernance, apparemment... http://www.nytimes.com/2011/04/27/world/asia/27collusion.html?_r=1&nl=todaysheadlines&emc=tha2 Bonne soirée à tous P |
|  | | Pierre Acrobate

 | Sujet: Re: Relations entre l'Etat et TEPCO Sam 30 Avr 2011 - 1:07 | |
| Bonsoir à tous,
un peu de veille économique:
http://mdn.mainichi.jp/mdnnews/national/news/20110429p2a00m0na008000c.html
et un rapport de la BNP qui ne semble pas confidentiel et traîne sur Google; il est un peu vieux mais fait le point p. 4 sur la réglementation actuelle (le reste est déjà dépassé: la notation de Tepco a continué à baisser, par exemple).
http://cib.bnpparibas.com/file?q=MS&i=090128b380107d06&download=yes
pour ceux qui ne parlent pas l'anglais, je résume: c'est la pagaille. Tepco essaye d'invoquer la clause de sauvegarde "catastrophe naturelle extrême", qui théoriquement impliquerait que seul le gouvernement paye, ou à défaut d'invoquer l'assurance lui permettant d'échapper au premier milliard d'euros (120 milliards de yens) de versement, théoriquement pris en charge par l'Etat au titre de cette assurance -sauf que je n'ai pas réussi à déterminer si Tepco avait signé la convention correspondante, non obligatoire jusqu'à récemment.
Les estimations du total des compensations exigibles varient de 20 à 80 milliards (je répète, milliards) d'euros suivant la durée de la crise. On comprend que le gouvernement renâcle, malgré l'étroitesse de ses liens avec les opérateurs...
Voilà. L'ambiance générale, plus hostile à Tepco qu'on aurait pu le croire, confirme que si le gouvernement japonais ne supplante pas celle-ci comme organisateur de la réponse à la crise, ce n'est pas pour ne pas lui faire de peine, mais parce qu'il n'en a pas les moyens techniques (à moins que ce soit pour des questions de responsabilité légale qu'il ne veut pas endosser, comme je l'avais d'abord pensé -mais je n'ai vu cela nulle part). Et à mon sens c'est bien dommage qu'il ne les ait pas, ces moyens; sans être exagérément étatiste (pas de politique, on a dit), un gouvernement qui fonctionne, des fois, c'est bien utile.
P
PS désolé, toujours aucun détail sur le coût actuel des opérations de réparation... Je continue à chercher.
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|  | | Pierre Acrobate

 | Sujet: Re: Relations entre l'Etat et TEPCO Lun 16 Mai 2011 - 1:38 | |
| Bonsoir à tous, je ne sais pas si tout le monde a vu ça vendredi, vu que c'est plutôt la cuve n°1 qui faisait la une, mais ça y est, le plan de compensation est sorti: un bon résumé ici http://online.wsj.com/article/BT-CO-20110512-722269.html et en français ici http://fr.reuters.com/article/frEuroRpt/idFRLDE74C00820110513 facture prévue, de 25 à 40 milliards d'euros; le système du fonds de compensation est confirmé (pour ceux qui n'étaient pas là pour l'épisode précédent, le fonds en question est un organisme para-public de type Consortium de Réalisation pour le Crédit Lyonnais, organisme garanti par l'Etat qui y injecte des fonds, et que Tepco rembourse ensuite petit à petit). L"Etat s'engage à éviter la faillite de Tepco en injectant autant de fonds que nécessaire. Et Tepco s'engage à rembourser, et a finalement accepté le principe d'une responsabilité illimitée -je pense que c'était ça ou la nationalisation, dont personne ne voulait, les gens de Tepco parce qu'ils espèrent continuer à gagner de l'argent, et le gouvernement parce qu'il n'a pas les moyens techniques de se substituer à Tepco. Un comité est censé surveiller les opérations financières par lesquelles Tepco dégagera les fonds nécessaires. S'il fait de l'aussi bon travail que les organismes chargés de la sécurité nucléaire au Japon, ça promet A noter qu'une bataille politique est en cours pour savoir si le gouvernement japonais demandera aux banques d'annuler tout ou partie des dettes de Tepco. Vendredi le porte-parole du gouvernement avait évoqué cette possibilité, mais les actions des banques ont immédiatement plongé, et hier dimanche le gouvernement faisait machine arrière. Plus généralement les marchés ont réagi négativement au plan: la garantie du maintien de Tepco n'a pas grand sens à partir du moment où les compensations prévisibles sont illimitées, et où à partir d'un certain moment Tepco ne peut plus rembourser. Reuters indique aussi que Tepco a emprunté 23 milliards $ aux banques depuis le début de la crise. Sûrement pas pour le chantier de Fukushima, que je n'arrive toujours pas à le chiffrer... Last but not least, voici la première indication que j'aie pu trouver d'une véritabe mobilisation gouvernementale sur Fukushima: http://www.asahi.com/english/TKY201105140158.html C'est tout neuf, ça vient de sortir. Mon interprétation est que jusqu'à la semaine dernière, le gouvernement japonais espérait que Tepco s'en sortirait, et laissait les autorité locales se débrouiller (à leur grande fureur). Je ne sais pas si c'est l'ampleur des dégâts, révélés ces dernières heures, ou autre chose, mais on a comme l'impression que ce coup-ci le officiels japonais envisagent de prendre au moins certaines choses en main, et ont même commencé à travailler en ce sens: plan dévacuation et de gestion des déplacés, suivi médical... Espérons que l'annonce d'un suivi médical n'est pas du pipeau, au moins ce désastre servirait à quelque chose... PG PG |
|  | | KLOUG Fakir


 | Sujet: Re: Relations entre l'Etat et TEPCO Lun 16 Mai 2011 - 13:14 | |
| Bonjour Merci Pierre pour cette analyse éco. Très difficile à chiffrer le chantier Fukushima surtout si on se projette dans l'avenir avec le post accidentel à la clé et les indemnisations (y'en aura-t-il ?) des "victimes". Je crois qu'il serait temps que l'état s'y mette car comme je le crois nous entrons dans une deuxième phase de l'accident avec ce qui se passe sur les réacteurs 1 et 3. KLOUG _________________ I'M STILL STANDING  |
|  | | Pierre Acrobate

 | Sujet: Re: Relations entre l'Etat et TEPCO Lun 16 Mai 2011 - 21:35 | |
| @Kloug De rien, j'avais promis... et ça m'intéresse!
Une précision: ce que j'essaie vainement de chiffrer; c'est le coût du chantier actuel. Le coût global de l'accident est inchiffrable pour l'instant, d'abord parce que l'accident n'est pas terminé, et que son bilan ne peut pas être établi, ensuite et surtout parce que beaucoup dépendra du débat politique japonais là-dessus, et du degré auquel l'hostilité d'au moins une partie de la population à Tepco parviendra à l'orienter -ou non. Les évaluations varient de 25 à 110 milliards d'euros, mais tout ça c'est du doigt mouillé...
Pour le chantier en revanche, ça serait intéressant de savoir quels moyens y sont mis. Il y a environ 1000 intervenants, et là il faut craindre le pire: comme toutes les grosses boîtes japonaises, Tepco est en réalité une entreprise à deux vitesses, avec une structure de "salarymen" qualifiée, bien payée et très protégée, et des sous-traitants miséreux payés au lance-pierre -ce sont ces derniers que les cadres de Tepco ne jugeaient pas utile d'équiper en dosimètres personnels. Le degré de mépris des cadres et ingénieurs pour les petites mains est difficilement imaginable...
Du coup le coût principal du chantier c'est le matériel -barges géantes, camions pompes, robots américains, bientôt si j'ai bien compris usine de retraitement Areva (qui va la faire tourner, d'ailleurs?), etc., avec peut-être les équipes d'ingénieurs essayant de modéliser le chaos, et il doit aussi y avoir des ouvriers capables d'utiliser les équipements high-tech, mais je ne sais pas d'où ils viennent. A vue de nez et de l'extérieur je trouve que ça reste très sous-dimensionné, mais je n'ai absolument rien lu là-dessus nulle part. De toute façon, tant que Tepco restera la principale instance en charge de traiter l'usine, on ne pourra pas savoir grand-chose de précis (et ça vaut aussi pour la contamination). Le malheur est que pas plus aujourd'hui qu'il y a trois semaines, le gouvernement japonais n'a les capacités nécessaires pour prendre en main tout cela, ni même la volonté... Bon, je préfère arrêter, ça finirait par me rendre grossier!
PG |
|  | | Pierre Acrobate

 | Sujet: Re: Relations entre l'Etat et TEPCO Lun 16 Mai 2011 - 21:51 | |
| Un ptit PS: Standard & Poor et Moody's ont tous deux abaissés la note de Tepco; pour la dernière agence sa dette de long terme est maintenant à Baa3, un cran au-dessus du "junk bond" (obligation spéculative à haut risque: http://fr.wikipedia.org/wiki/Moody's) Ceci va peser encore plus sur la capacité de financement de Tepco, qui va voir les taux d'intérêt qui lui sont proposés s'envoler. La gestion financière de cette affaire est à peine plus rassurante que la gestion RP, je trouve, et d'ici que Tepco se retrouve en crise de liquidités il n'y a pas des kilomètres!
PG
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